Le Temple maçonnique n’est ni une école où l’on apprend des doctrines, ni un club que l’on visite pour se délasser. La fraternité et la sérénité qui règnent dans le temple, la tolérance qui s’y exprime, le travail qui s’y effectue prédisposent à la réflexion et aux échanges d’idées.

Le travail en loge

L’ambiance du temple transforme l’homme, le profane, celui qui se trouve pro fanum - devant le sanctuaire - en un être qui, armé du maillet et du ciseau, entreprend le rude travail du dégrossissage de la pierre brute qu’il est, tout en recherchant non seulement le perfectionnement moral et intellectuel de soi-même, mais aussi celui de toute l’humanité.

Au cours du travail en loge, on est entouré d’antiques et traditionnels symboles qui ont pour origine plus spécialement les outils des maçons opératifs. Chacun est libre de leur prêter une signification conforme à ses propres convictions philosophiques. La liberté absolue de conscience est un principe intangible des Démophiles du Grand Orient de France.

    
    
    
    
    
    
    

mise en scène de la loge maçonnique
Exposition Château de Tours, 2002

Fonctionnement de la Franc-Maçonnerie

JPG - 19.3 ko
Les Démophiles au travail
dessin naïf, 1849

La Franc-Maçonnerie n’est pas une organisation structurée. Elle est composée de francs- maçons qui se réunissent par groupe de 7 minimum, sans maximum obligatoire (si ce n’est la limite naturelle nécessaire aux réunions à taille humaine : en général entre 20 et 50 membres). Ces groupes sont appelés loges. Les loges se réunissent dans des temples, c’est-à-dire des lieux couverts plus ou moins décorés. La plupart des loges sont associées à d’autres loges, sous forme de fédérations appelées obédiences, dont les sensibilités philosophiques ou religieuses sont différentes.

Le travail en loge est rythmé par un rituel hérité de tradition maçonnique. Il en existe de nombreux qui diffèrent d’une obédience à une autre, d’une loge à une autre. Il permet d’encadrer la cérémonie, qu’on appelle ici la tenue. Le rituel stimule la réceptivité des francs-maçons, discipline la prise de parole (personne ne peut interrompre celui qui parle avant qu’il n’ait achevé son propos par la formule rituelle : j’ai dit), favorise l’écoute (plus penser que dire) et organise le passage aux différents degrés de l’initiation maçonnique. Les francs-maçons acquièrent par cooptation des degrés d’avancement au fur et à mesure de l’enseignement initiatique : apprenti, compagnon, maître, puis d’autres degrés dits hauts grades.

La loge est animée par plusieurs maîtres dénommés Officiers qui sont élus annuellement. Le collège des Officiers est présidé par le Vénérable, assisté de deux Surveillants (chargés de l’instruction des apprentis et des compagnons). En font également partie un Secrétaire, un Orateur (gardien du règlement), un Trésorier, un Hospitalier (responsable du fonds de solidarité de la loge), un Couvreur (veillant à l’entrée du temple), un Expert et un Maître des Cérémonies (chargés du bon déroulement de la tenue).

Le Temple maçonnique

Le Temple maçonnique correspond à la représentation symbolique d’un des mythes fondateurs de l’humanité : le Temple de Salomon, édifié par l’architecte Hiram dont la maîtrise des sciences, des arts et des relations humaines est un exemple depuis trois siècles pour tous les francs-maçons de la Terre.

JPG - 48.7 ko
Temple des Démophiles
vue intérieure, face à l’orient

Le Temple est orienté par les quatre points cardinaux. On entre par l’Ouest pour se diriger vers l’Est. On s’assoit au Nord et au Sud. En pénétrant dans le Temple, on passe entre les deux colonnes de bronze auprès desquelles se réunissaient pendant sa construction les Apprentis et les Compagnons qui recevaient leur salaire. Ces 2 colonnes, nommées Jakin et Boaz, sont la véritable colonne vertébrale de l’édifice. Elles se prolongent de l’Ouest à l’Est grâce aux francs-maçons assis au Nord et au Midi. Cette colonne vertébrale évolue de l’Occident vers l’Orient, du couchant vers le levant, du matériel (le bronze) vers le spirituel (la réflexion humaine), de la matière vers l’esprit, de l’ « équerre vers le compas ».

En levant les yeux, on constate que le Temple n’a pas de toit. Il est ouvert sur la Voie Lactée, sur le cosmos, sur l’univers. Comme le Zénith marque les limites supérieures de l’Architecture, le Nadir marque ses profondeurs. Le Temple de Salomon - le Temple maçonnique - ne se situe par sur le plancher des vaches, mais dans l’espace. Il est l’œuvre à la fois matérielle et philosophique, inachevée et idéalisée par deux hommes, Salomon et Hiram, élevée par des tailleurs de pierre jusqu’aux confins de l’Univers et des Dieux.

Le secret maçonnique

JPG - 28.8 ko
L’Homme debout
Sellier - 1992

La coutume est de dire que les francs-maçons ont un secret, ce qui a généré de nombreuses spéculations depuis la création de la Franc-Maçonnerie.

En réalité, si secret il y a, il se limite seulement à la pratique concrète des nombreux rituels qui font d’ailleurs l’objet d’excellents ouvrages en vente libre dans toutes les librairies. De plus, les obédiences et les loges font l’objet d’une déclaration d’association en Préfecture et d’une annonce légale dans le Journal Officiel. Seules certaines circonstances historiques ont obligé les francs-maçons à entrer dans la clandestinité. On peut comprendre aussi cette crainte d’annoncer publiquement son engagement à la maçonnerie après les persécutions des années 1940.

Aujourd’hui, les francs-maçons revendiquent plutôt leur appartenance à une société discrète . Cette discrétion est indissociable de la démarche maçonnique initiatique et symbolique et permet seule, pour le franc-maçon, de devenir un homme libre.

Le secret maçonnique est inviolable par nature, disait Casanova, initié d’une loge vénitienne, puisque le maçon ne l’a appris de personne. Il l’a découvert à force d’aller en loge, de raisonner et de déduire.

S’engager en maçonnerie est une démarche d’ordre privé. L’intéressé seul est libre d’annoncer ou non son appartenance, sans fierté particulière ni honte également. Etre républicain, défendre la laïcité, mieux connaître ses contemporains et soi-même, s’engager dans une réflexion dont l’aboutissement est l’amélioration de l’homme et de la société, est un programme exhaltant qui vaut bien qu’on en parle ?

La démarche symbolique

Ici, tout est symbole ! Cette phrase familière aux francs-maçons représente la quintessence de l’engagement maçonnique. C’est cette référence au symbolisme maçonnique qui fait de la Franc-Maçonnerie une association pas tout à fait comme les autres, une association initiatique qui travaille dans le Temple à l’amélioration de l’homme et de la société.

JPG - 15.1 ko
Temps et Espace 1
huile sur toile - Deutschmann 2002

L’initiation maçonnique a comme support essentiel les rites et symboles. Un symbole n’explique pas, il suggère, il évoque ; il ne se vit que dans un contexte rituel et ne peut se vivre qu’individuellement ; il ne peut être que le départ d’un travail de réflexion personnel et intime. Le symbole est un moyen de connaissance.

Prenons par exemple le Pavé Mosaïque, ce damier noir et blanc situé au centre du Temple, il évoque par cette alternance de couleurs, la dualité, la contradiction, l’alternative, le paradoxe qui parsèment toute réflexion, toute démarche intellectuel. Peut-être que les réponses aux questions que tout à chacun est en droit de se poser dans le Temple ne se situent ni sur le noir, ni sur le blanc, mais sur les lignes virtuelles qui les séparent ?

Grâce aux représentations symboliques qui le décorent, et à la méthodologie pratiquée, le Temple maçonnique est le cadre idéal pour inviter des hommes et des femmes à mieux se connaître soi-même et à réfléchir sur l’avenir de l’humanité.

La loge et la cité

La devise maçonnique Liberté, Egalité, Fraternité est antérieure à la devise qui deviendra officiellement celle de la République française en 1849. En effet, dans le Grand Livre d’Architecture du seul grand et unique Grand Orient de France, la trilogie apparaît à la page 71 datée du 24 juin 1795.

JPG - 51.3 ko
Liberté, Egalité, Fraternité - 24 juin 1795
devise du Grand Orient de France, devise de la République

La Liberté est la condition essentielle de l’homme. Sans liberté, l’homme est comme un oiseau privé de ses ailes. La liberté doit être la base de toute société, de toute organisation humaine. L’Egalité doit être un idéal politique : l’Egalité devant la loi, l’Egalité des chances, l’Egalité des peuples, car tous les peuples sont passés par des phases de rayonnement et de décadence. C’est le lot des sociétés humaines. Pour affirmer l’Egalité des hommes, les francs-maçons du siècle des Lumières portaient l’épée en loge, qu’ils soient nobles ou roturiers. En loge, modèle de la société, tous sont frères. La Fraternité est essentielle à la compréhension et à la tolérance qui doit aboutir à l’Amour. La Fraternité ne peut être pratiquée que par des hommes libres et égaux.

Une société utopique où cette devise était appliquée par des naufragées sur une île au 18e siècle, vécurent dans la liberté, l’égalité et la fraternité pendant des années jusqu’à ce qu’un navire les découvre, au plus grand étonnement des marins. Leur société se nommait Libertalia. Les francs-maçons veulent construire une société basée sur ce principe de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, avec pour socle le Droit et la Justice. Une société pluriculturelle où chacun a sa place.

Tenue Blanche Ouverte : conférencier Antoine SFEIR