L’inéluctable

 

… Peut-on considérer que tout se passe comme si la liberté, cette exigence fondamentale de l’homme, arrivait à se concilier avec un ordre nécessaire, par le ministère d’une providence dont les voies sont impénétrables, mais qui se manifeste d’une manière éclatante dans la trame de la destinée ? En d’autres termes, tout se passerait comme si en définitive la sagesse menait au bonheur, comme si le mal pouvait s’intégrer dans une perspective générale ? Il serait imprudent de répondre hâtivement. Tout dépend de savoir si l’on trouve un sens dialectique à l’histoire. Cet affrontement entre la conscience et une réalité qui paraît d’abord irréductible, et cette réconciliation finale entre deux termes apparemment contradictoires, on peut les découvrir dans les études sur l’évolution de l’humanité. L’histoire de l’humanité est celle du cheminement de la conscience à travers tous les obstacles qui s’opposent à son épanouissement. L’histoire de l’Antiquité est particulièrement significative à cet égard. Une vue superficielle peut d’abord la faire considérer comme un amas de légendes sans intérêt. Mais il faut aller plus loin. Comme l’a écrit VOLTAIRE : Traiter l’histoire ancienne, c’est compiler, me semble-t-il, quelques vérités avec mille mensonges. Cette histoire n’est peut-être utile que de la même manière dont l’est la fable : par de grands événements qui font le sujet perpétuel de nos tableaux, de nos poèmes, de nos conversations, et dont on tire des traits de morale. Plus on approfondit, plus on s’aperçoit que sous les ténèbres apparentes de l’Antiquité on peut déceler le cheminement de la conscience vers la lumière. C’est en effet sous l’influence de quelques grandes figures antiques qu’a été possible l’évolution de l’esprit humain vers la vérité : ce sont les sages, ces héros de l’humanité qui donnent son sens à l’histoire et l’empêchent d’être un tableau de la folie des hommes, qui libèrent les consciences de ces obstacles que mettent entre elles les superstitions ; ils les réconcilient …