Humanisme et libéralisme économique sont-ils compatibles ?

 

… Le match qui a opposé économie de marché et économie planifiée s’est incontestablement soldé par la victoire de la première. Mais force est de reconnaître que le libéralisme pur et dur , par l’exploitation outrancière des hommes et de la nature à laquelle il aboutit, est incompatible avec la notion d’humanisme. L’exemple que nous fournit aujourd’hui le Mexique témoigne des limites de ce libéralisme sauvage au regard même de critères d’efficacité économique. Quant aux références sur lesquelles les ultralibéraux fondent leur théorie, elles s’éloignent grandement des valeurs humanistes. C’est ainsi qu’ils nient l’existence d’un bien commun qui ne serait autre que l’addition des biens individuels. Mais il y a d’autres versions du libéralisme économique : celle des socio-libéraux qui, derrière John RAWLS, entendent corriger les excès du marché en réintroduisant l’idée de justice, d’équité et de seuil d’inégalité tolérable. Tandis que les ultralibéraux ne reconnaissent à l‘Etat qu’un rôle d’arbitre neutre chargé de faire cohabiter des conceptions différentes de l’idée du bien, les socio-libéraux lui confèrent un rôle régulateur et redistributeur, pour une meilleure efficacité économique et par souci humaniste. Les communautariens, quant à eux, vont encore plus loin sur le chemin de la justice sociale. Pour eux, la machine économique doit certes être régulée, mais par et pour des citoyens. Ceux-ci ne sont pas ces individus dont la liberté est définie négativement comme dans les théories ultralibérales, mais des hommes soucieux de l’intérêt général, dont la liberté se veut participative et responsable. On peut ne pas faire siennes ces théories, mais on ne peut leur nier que des valeurs humanistes les animent. Il faut toutefois noter que l’utilisation d’un terme unique libéralisme économique pour désigner des conceptions qui vont de l’intégrisme le plus total à une vision assez sociale-démocrate de l’économie, peut faire dire à d’aucuns qu’il y a une part d’escroquerie intellectuelle …